« Jouer avec les mémoires du regard, tel est le point central de ma démarche. »

Aux frontières du visible, aux limites de l’immatérialité, le miroir et le verre ouvrent une voie dans la faille du réel, un passage vers l’intimité à travers la chair du monde.

Au seuil de la conscience, le regard opère des métamorphoses visuelles dans les plis de la lumière. Une étendue d’opacités et de transparences reflète l’ambivalence d’un espace d’identité et de mémoire.

L’antagonisme de ces matériaux complémentaires permet l’expression d’une tension continue entre l’immédiateté de la surface visible et la lenteur d’un processus de réflexion à saisir dans sa profondeur.

Dans les inflexions de la matière, une image mentale se superpose à la vision : cette coexistence sensible manifeste des écarts dans des lieux où perception et aperception rivalisent. Le regardeur peut faire l’expérience singulière d’une œuvre qu’il crée au-delà de la matière, aux détours de l’entropie visuelle.

Regard et conscience sont confrontés au vide, à l’absence mais aussi à des déformations, des effacements où se superposent réel et virtuel.

L’impossible reconnaissance face au soi dépravé et la difficulté oculaire de se situer sur un plan fixe créent des tensions et fragilisent le regard physique ou analogique : les éléments perturbateurs nous égarent dans une sorte de jeu, face au Je que l’on cherche à se réapproprier ou à éliminer du champ visuel pour ne plus voir qu’une image abstraite, mouvante, d’un semblant, d’une semblance de soi.